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La Sauterelle, machine à traire mobile

Bovins, pisciculture, cochons,...
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La Sauterelle, machine à traire mobile

Messagepar Camille AP » 20 Mars 2017, 14:56

Philippe Allagnat est éleveur de vaches laitières au GAEC de l'Abreuvoir depuis 1987. Cette ferme familiale située dans le Nord-Isère (38) a vu de nombreux changements jusqu'au système actuel. La fabrication d'une machine à traire mobile a permis, entre autre, d'atteindre le système d'élevage extensif actuel. Cette machine, conçue à partir d'une vieille structure de traite au sol à 4 places, a été modifiée et agrandie afin d'y ajouter 2 stalles et de la rendre facilement transportable.

Le GAEC compte aujourd'hui 3 associés (en recherche d'un 4ème) travaillant avec 70 vaches laitières de 8 races différentes. La ferme s'étend sur 90 ha dont 1 ha de vigne, 10 ha de céréales (maïs ou méteil) et 80 ha de prairies, ce qui permet une autonomie alimentaire (mis à part le sel et les minéraux). Les vaches sont à l'herbe 6 mois de l'année et au foin 4 mois, avec 2 mois de transition en pâture la journée et à l'étable la nuit, et un complément en céréales pour la traite.

La fromagerie a été équipée à moindre coût avec du matériel d'occasion bricolé: chambre de pousse de boulanger transformée en étuve. Et certains équipements ont été conçus sur place afin d'améliorer l'ergonomie : machine à mettre en pots pour 40 yaourts (5 litres de lait), machine de mise en bouteille du lait. Le lait produit est livré à Biolait et 1/5 est transformé sur place en yaourt, fromage blanc et lait cru en bouteilles. Les produits transformés sont écoulés majoritairement en vente directe.

CONTEXTE

Historique:
Après un bac E (mathématiques et technique), qui lui a donné de bonnes bases pour la suite, Philippe se réoriente vers l'agriculture pour des études d’ingénieur puis il part 2 ans travailler en Afrique sur des projets d'outils en traction animale. De retour en France, il s'installe dans la ferme familiale en 1987.

Il travaille avec sa mère pendant 5 ans puis est rejoint par un associé en 1994. C’est l’occasion d’un changement dans la structure et la conduite de la ferme : le projet de fromagerie de Philippe est mis de côté pour se concentrer sur l'élevage. La ferme subit plusieurs transformations : construction d'un bâtiment et installation de cornadis. Le nombre de vaches augmentent progressivement pour atteindre 40 vaches. Les pâturages existants alors ne sont plus suffisants pour le nombre de vaches. Un système de stabulation et d’ensilage à l'année est alors adopté et le lait est livré en laiterie.
Philippe a toujours l'envie de développer un projet de fromagerie mais cet intérêt n'est pas partagé par son collègue. Cette divergence, en plus d'une remise en question du système mis en place, crée des tensions et entraîne une séparation en 2002.

Philippe décide alors de repenser l'ensemble de la ferme pour mettre en place un système qui convient mieux à ses aspirations. Dès 2002, il cherche des solutions suite à une réflexion sur la remise au pâturage du troupeau. En 2003 il trouve un nouvel associé, en accord avec sa vision du projet. Ils font alors des échanges et remembrements pour de parcelles pour créer des îlots regroupés plus propices au pâturage. En 2004 la machine à traire mobile est construite et le chantier de construction de la fromagerie redémarre, et c'est en 2006 que l’activé de transformation commence.
La gestion du troupeau évolue également en parallèle à ces changements : soins homéopathiques, diversification des races, mise en extérieur. Le changement est radical, la ferme passe d'un troupeau d'Holstein à 9000L/vache/an, nourries au maïs ensilage et au tourteau de soja avec très peu de foin, toute l'année en stabulation, à un troupeau en extérieur 7 mois de l'année, nourri uniquement à l'herbe et constitué de 8 races de vaches différentes avec une moyenne de 5 000L/vache/an!
Quelques années plus tard un 3ème associé rejoint la ferme, ce qui permet de développer de nouveaux projets d'amélioration tel que le séchage en grange.

La mise en pratique de ce que Philippe présente comme « les valeurs de l’Agriculture Paysanne » est un changement qui n'a pas été facile, notamment en raison des nombreuses pressions de son entourage (proches, techniciens, etc.), mais ses motivations étaient claires, le système d'agriculture dans lequel il était auparavant ne lui convenait plus. Il aurait pu trouver une compensation à ce type de système dans la transformation, mais même cette activité n'était pas compatible. Lorsque cette ultime motivation a été remise en cause ce n'était plus possible pour lui de continuer ainsi. Et tant qu'à faire du changement, autant aller jusqu'au bout de ses idées !

Itinéraire technique: 70 vaches (dont 60 à la traite), 8 races différentes : Holstein, Montbéliarde, Jersiaise, Tarine, Abondance, Simmental (race mixte lait-viande), Villard-de-Lans (race de sauvegarde), Normande.

Pâturage du 15 avril au 15 octobre, foins du 1 novembre au 31 mars + périodes intermédiaire (pâturage la journée et foin la nuit au bâtiment) pour assurer la transition.

L'élaboration d'une machine à traire mobile et facilement déplaçable a permis de mettre en place un système de pâturage optimal basé sur 7 points de traite. Chaque point est équipé d'eau et d'électricité et correspond à une zone de pâturage de plusieurs parcelles de 1ha.
Lors de la mise en place de ce système la question s'est posée de l'alimentation en électricité. L'installation de groupes électrogènes fut exclue du fait d'habitations proches nécessitant des groupes insonorisés très coûteux (10 à 15 000€) et le risque important de vol (route passante à proximité). Le choix s'est donc orienté vers l'installation de compteurs sur le réseau EDF (moins chers et plus adaptés).

L'alimentation des 7 zones est donc faite par deux compteurs, des câbles fixes enterrés et 7 coffrets électriques. En plus de ça des rallonges permettent de déplacer la machine à l'intérieur des zones.

Ce système permet une très grande mobilité : stations d'une semaine à 15 jours par temps sec avec possibilité de déplacement, à l’aide des câbles, tous les 2 jours pour éviter le piétinement et la boue par temps humide.
Depuis quelques années, deux fois dans la saison, de nouveaux îlots à l’autre bout du village sont pâturés avec le groupe électrogène de la CUMA derrière le tracteur. Cette année 2016 c’est près de 60 ha qui ont vu passer les vaches au moins une fois : « les vaches ont fait le tour du village ».

Système de séchage en grange : le foin ramassé juste flétri et en vrac garde ses feuilles et sa valeur azotée, il présente de meilleures qualités qu'en balles rondes. Le séchage se fait dans des cellules avec un système de ventilation d’air réchauffé par le soleil. L'air est aspiré entre les toles noires de couverture et un isolant, se réchauffant ainsi jusqu’à 8 à 10 degrés, puis il est soufflé pour traverser le foin de bas en haut. Une griffe se déplaçant le long d’un rail en U permet ensuite d'acheminer le foin des cellules vers l'étable et de la distribuer le long des cornadis (conception réalisée par Yann Charrier, société SGF Conseil).

La fromagerie est équipée à moindre coût avec du matériel d'occasion (voir articles sur son matériel de fromagerie).

Commercialisation: Le lait produit est livré à Biolait et 1/5 est transformé sur place en yaourt et fromage blanc. Les produits transformés sont écoulés majoritairement en vente directe : vente à la ferme, distribution de paniers de producteurs (réseau Mes voisins de panier), point de vente collectif, biocoop de Bourgoin Jallieu, marché de Morestel, et livraison des cuisines de collèges et lycées (association Manger Bio Isère).

CONSTRUCTIONS

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Coût global de la machine: 36 000€ incluant la machine à traire d'occasion + capteur solaire + modifications/améliorations faites à la machine + installation du matériel de traite + matériaux pour les réseaux électriques et eau des 7 points traite. Cet investissement a été subventionné à 40%. Ce coût ne prend pas en compte le temps de travail : 3 mois à plein temps pour une personne. Philippe y a passé tout son temps de janvier à avril 2014 ; seule l'installation du matériel de traite a été faite par des installateurs professionnels.

Matériaux: récup' sur l'exploitation et en ferraillerie + achat de tapis, tôle pour les auvents

Idée d'origine: besoin d'une machine à traire à mobilité maximale pour:
- faciliter la mobilité du troupeau,
- optimiser l'utilisation des pâturages (accès à la meilleure herbe en permanence),
- limiter le piétinement/boue dans la zone d'attente,
+ quais de traite pour nettoyage à sec et hygiène de traite (afin de ne pas traire à même le sol) avec un plancher sans grilles
+ système de traite « traversante »

Inspiration: tour des alpages pour voir différents systèmes existants et prendre des idées, mais rien d'adapté exactement à ce qu'il cherchait

Motif de l'autoconstruction: machine correspondant à l'idée d'origine difficile à trouver, la majorité des fabrications artisanales sont des machines à 2 quais, avec un système de traite en épi (pas idéal car obligation d'attendre que toutes les vaches soient finies de traire pour faire passer aux suivantes), des planchers en grilles (inconfortable), et pas toujours facilement déplaçables. Machine neuve à l'achat 80 000 à 100 000€ (machines automatisées), hors de prix.

Conception: Transformation et agrandissement d'une machine à traire achetée d'occasion.
A l'origine machine mobile mais difficilement déplaçable à arceau double, 4 stalles, machine au sol. Réflexion sur la structure du bâti à l'aide d'une modélisation en mécano. Une fois les plans de la structure établie et le bâti principal modifié, de nombreux éléments ont été ajoutés/bricolés pour améliorer l'ensemble.

  • Agrandissement de la structure: découpe de l'arceau double, rajout d'un tube et construction de 2 stalles supplémentaires avec des matériaux de récup + bâti transversal sous la structure pour solidifier l'ensemble et relier l'arrière (roues) et l'avant (attelage). Le bâti transversal a servi de structure de base sur laquelle construire les quais.
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  • Quais et rampes d'accès: pas de grillage (inconfortable), utilisation de tapis de logette spécial bovins (mousse) sur bois traité (moins solide mais limite le poids de l'ensemble) et renforcé avec de la ferraille + quai de descente identique de l'autre côté + barrière à installer entre les rampes pour limiter l'accès des vaches.
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  • Déplacement de la machine: deux roues fixes et rigides placées à l'arrière sur un système de vérin. Le vérin permet de baisser les roues qui portent alors la machine + attelage à l'avant pour transport en tracteur.
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  • Autour de la mangeoire: fabrication d'une réserve d'aliment remplie par une trappe à l'arrière. Les mangeoires individuelles sont ensuite remplies à la main avec une boîte. A l'avant de cette réserve une planche de renfort a été installée pour empêcher les vaches d'y accéder, cette planche permet également de traire en position assise !
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  • Citerne installée sur le toit pour les zones sans accès à l'eau. L'eau est apportée dans la boule à lait et la citerne est remplie avec la pompe installée sur la boule à lait. A l'origine système pensé pour un lavage par gravité mais résultat trop lent, une pompe et un surpresseur ont donc été ajoutés. L'eau de la citerne descend dans la pompe où elle est mise sous pression puis injectée dans le système. Le lavage est ainsi plus rapide et permet de ne pas laisser le tracteur (et le groupe électrogène) tourner trop longtemps.
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  • Capteur et chauffe-eau solaires installés sur le toit afin de faire des économies d’électricité pour la production d'eau chaude.
    Le capteur est installé sur le même vérin que les roues afin de faciliter les déplacements. Quand les roues se baissent (1), la machine se soulève (2), le capteur se couche sur le toit et glisse vers l'avant (3). Une fois les roues baissées et la machine prête à être déplacée le capteur est ainsi à l’horizontale et ne risque pas d'être abîmé par des branches lors du déplacement.
    Le chauffe-eau est constitué d'une résistance électrique branchée sur un minuteur avec une sonde. La résistance se met en route 2h avant la traite si l'eau n'est pas assez chaude. La résistance est placée sur le 1/3 supérieur du chauffe-eau, elle ne chauffe donc pas toute l'eau mais seulement la réserve supérieure nécessaire à la traite.
    L'installation de ce système a été possible grâce à un financement participatif sur 3 ans. Le montant total chauffe-eau, capteur et branchements (fait par une entreprise) fût de 3000€. Cette installation n'était pas indispensable mais elle a permis d'économiser l’électricité pour produire l'eau chaude indispensable au lavage de toute installation de traite.

Suite à toutes ces modifications la structure s'est trouvée surélevée par rapport à la machine initiale et d'autres adaptations se sont alors révélées nécessaires :
  • rallongement des auvents
  • rehausse du toit (pour passage du matériel de traite) + ajout d'isolant pour l'été
  • système d'ouverture/fermeture des portes : l'ajout des quais de traite ne permettant plus l'ouverture des portes celles-ci ont dû être rehaussées. Le système d'ouverture a été démonté et de nouveaux éléments utilisés afin de refaire le même système surélevé. Suite à ces modifications un défaut est apparu: un jour sous la porte, qui pose problème avec les génisses. Celles-ci voient le jour et bourrent dans la porte pour sortir, celle-ci est donc fragilisée et doit être réparée régulièrement. Ce défaut pourrait être facilement évité ou corrigé.
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L'équipement en matériel de traite a été fait par un installateur de matériel, seules les griffes sont récupérées de la salle de traite d’hiver et installées sur la machine au moment voulu. Un programmateur de lavage automatique a également été installé.

Utilisation: L'élaboration d'une machine à traire mobile et facilement déplaçable a permis de mettre en place un itinéraire en extérieur avec un système de pâturage optimal basé sur 7 points de traite. La rotation permet aux vaches d'avoir accès à la meilleure herbe et évite ainsi les zones de piétinement (voir itinéraire technique).

Avantages du système:
- Optimisation des pâturages : rallongement de la période en extérieur par le pâturage de nombreux terrains non exploités avant, près de 60 ha ont pu être pâturés en 2016 ! Ainsi au lieu de rentrer les vaches plus tôt et de leur distribuer du foin à l'étable moins de foin est récolté et les vaches restent plus longtemps en extérieur (travail de clôture en plus mais économie de pâturage intéressante).
- Économie maximum : autonomie alimentaire possible grâce au système de pâturage (en comparaison avec l'ancien système en stabulation)
- Agréable de travailler en extérieur

Au bout de 3 mois et de longues heures de travail, un petit coup de peinture pour se fondre dans le paysage et la sauterelle était prête à voyager à travers les prés !

Et une autre bricole pour la route: un ancien semoir à engrais transformé en trémie à farine
Ancien semoir à engrais transformé en trémie à farine.jpg
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Pour aller plus loin:
- D'autres équipements d'élevage autoconstruits : cage de parage Bovin, clôture de sortie de stabulation mobile, un piège à bovins mobile, un dérouleur/enrouleur pour pose de clôture mobile
- Un séchoir à foin autoconstruit
- Plus d'infos sur le GAEC de l'Abreuvoir
- Le site du réseau Mes voisins de panier, dont fait parti Philippe et où acheter ses bons produits!
- Une chronique sur le matériel de fromagerie autoconstruit utilisé au GAEC de l'Abreuvoir


Ces travaux de recensement bénéficient du soutien financier de l’Europe et du Réseau Rural National, par le biais de la Mobilisation Collective pour le Développement Rural coordonnée par l’Atelier Paysan sur "L’innovation par les Usages, un moteur pour l’agroécologie et les dynamiques rurales" (2015-2018), dont la FNCUMA, la FADEAR, l’InterAFOCG, AgroParisTech et le CIRAD sont partenaires.

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